Consommateur coupable ? Pas si simple !

visibility343 Vues person Posté par: Julie list Dans: NEWS / ARTICLES

« Recycler », « Acheter éco-responsable », « consommer moins », « urgence climatique », tout cela est bien beau mais dans une société où la publicité et les lobbys sont maîtres, ce n’est pas si évident.

On vous martèle d’acheter responsable en ne vous proposant qu’une gamme infime de produits valables. Le reste est soit non traçable, soit avec une durée de vie très limitée, soit extrêmement cher.

Pas évident dans tout ça de s’y retrouver. On rentre dans une société schizophrène qui vous dit de faire mieux mais sans vraiment vous en donner les moyens.

La question se pose alors : doit-on réellement faire porter ce fardeau aux seuls consommateurs ? Comment être un consomm’acteur quand on ne nous donne finalement pas vraiment le choix ?

L’obsolescence programmée des produits a fait énormément de mal à notre société. Mais que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ? Pourquoi nos tee-shirts sont-ils fabriqués au Bangladesh par des enfants et nos téléphones par des travailleurs sous-payés en Chine ? A quel moment notre monde a-t-il basculé dans l’ineptie la plus totale ? Quand a-t-on arrêté de regarder comment et où étaient fabriqués nos produits du quotidien ? Et à quel prix ?

L’émergence de la société de production de masse

A la sortie de la guerre des monnaies dans les années 30 et surtout de la seconde guerre mondiale, le monde s’est reconstruit et a modernisé son économie, jusqu’alors consacrée à la guerre. L’ère agricole est maintenant loin derrière nous, l’ère industrielle est la norme depuis des siècles, et nous embrassons pleinement l’ère ultra libérale. C’est alors qu’on a assisté à la naissance d’un tout nouveau mode de consommation : la consommation de masse. Aux Etats-Unis, les fast-foods voient le jour à la fin des années 40. Ils arriveront en France dans les années 60 mais connaîtront le succès dans les années 70. Les grandes surfaces émergent dès les années 60 en France (également provenant des USA). Les nouvelles techniques de production de masse à bas coûts ouvrent l'accès des ménages à de nombreux biens et services. On voit des personnes faire leur course en mettant bien plus de nourriture dans leur chariot que ce qu’ils ne pourront réellement consommer. L’ère du « jetable » et surtout du « Gaspillage » est née.

Le consommateur pas si responsable…

Malgré les alertes de nombreux scientifiques et médecins, la consommation effrénée prend le dessus. Les gens gaspillent sans réellement avoir conscience de l’impact de leurs actes. La publicité, jusqu’alors principalement utilisée pour faire de la propagande, va trouver une tout autre utilité : inciter les gens à consommer ce dont ils n’ont pas besoin.

Puis vient la propagation du plastique, plus léger et moins cher que le verre. Il devient notre ennemi juré aux conséquences désastreuses qu’on lui connait.

Nous connaissons la suite, et voilà où nous en sommes 70 ans plus tard…

La prise de conscience écologique face à l’urgence climatique, notamment dû à une recrudescence des incidents météorologiques à travers le monde, se fait croissante.

De plus en plus de consommateurs, attachés aux valeurs portées par la consommation responsable, se tournent vers une sorte de « déconsommation » ou quand ils le peuvent, vers une consommation plus éthique. Mais cette population reste marginale dans les pays industrialisés. Dans certains pays, ce sujet n’en est même pas un. Ils doivent lutter contre des souffrances bien différentes et l’écologie n’est pas à l’ordre du jour.

C’est donc ici que nous prenons conscience que ce n’est pourtant pas si évident d’appliquer un consommation citoyenne en adéquation avec ses valeurs. En cause, le prix plus élevé des produits responsables ou bio souvent injustifié, le regard et du jugement des autres, autour de la vision erronée du "végan baba cool" dangereux pour la société moderne, la pression médiatique qui incite à consommer autrement que bien et ’information qui prête à confusion : une grande quantité de logos « écolo », qui ne le sont pas toujours, dont on ne connaît pas vraiment la réelle signification. Comment dès lors réduire cet écart ?

…face à des pouvoirs publics statiques

Nos pouvoir publics ne sont pas toujours à la hauteur de nos espérances. La prise de conscience de ces derniers face à la nécessité d’agir sur les modes de consommation pour lutter contre les crises écologiques et les injustices sociales ne s’est faite que très récemment. On connaît le Sommet de la Terre sur le développement durable (Rio, 1992) qui a été marqué par la création et la ratification de plusieurs textes environnementaux fondateurs et notamment par la création du label écologique européen et d’une directive-cadre qui ouvre la voie à l’étiquetage énergétique pour certains équipements.

On connaît également les COP qui découlent de ce Sommet, qui ont pour but de réunir les pays ayant adopté la Convention-cadre des Nations unies contre le changement climatique

Bref, nous constatons que 28 ans après le Sommet de Rio, qui avait marqué un tournant dans l’engagement étatique sur le changement climatique, le constat est désastreux. Augmentation des gaz à effet de serre, disparition de 60% des animaux sauvages connus de la surface de la planète, augmentation du nombre de virus mortels pour l’homme (le dernier connu en date étant le coronavirus), surpopulation, etc…

L’urgence est donc là et plutôt que d’agir, les pouvoirs publics nous culpabilisent.

·         VOUS devez arrêter de prendre la voiture pour aller au travail mais on ne va pas développer les transports en commun si personne ne s’en sert…

·         VOUS devez consommer plus responsable et bio mais on va taxer les produits et laisser les grands groupes marger énormément

·         VOUS devez faire votre potager mais vous devez utiliser principalement des semences à usage unique… (la loi a enfin changé, mais ce n’est pas encore gagné) …

·         VOUS devez réduire votre consommation de viande mais on ne fermera aucun fast food et les pubs continueront de plus belle 

Etc…

 

Le marché, frein à la consommation responsable

Il est donc difficile d’avoir une consommation optimale. Outre les freins déjà évoqués, qui tiennent aux déterminants de la consommation, il est aussi important de mettre en lumière le fonctionnement du marché qui fait souvent obstacle. Joseph Schumpeter, célèbre économiste, constatait déjà au début du XXe siècle, que de puissants industriels ont le pouvoir d’influencer les préférences des consommateurs. La question est donc : d’où vient le problème ? De l’offre ou de la demande ?

Nous n’avons pas demandé à avoir des tee-shirts à 5€ qui allait rétrécir au 1er lavage et pourtant on nous le propose. Nous n’avons pas besoin de changer de voiture tous les 2 ans et pourtant on nous le propose.

Sous prétexte de croissance économique, de réduction des coûts, de marge, de profit, nous avons créée des besoins non vitaux et non nécessaires. Le tout en oubliant les enjeux sociaux, sociétaux et écologiques (travail de mineurs, salaire de misère, détresse humaine, pollution, etc…)

Quand on a découvert que les Nike qu’on mettait aux pieds chaque jour étaient fabriquées par des enfants, la vision du monde a changé, mais cela ne nous a pas empêché de continuer d’acheter des Nike pour autant.

Il faut donc changer les mentalités de manière globale. La mobilisation des consommateurs est un levier d’action, mais c’est au niveau de la production que les changements ont lieu.

Du côté du consommateur qui peut réellement agir en disant stop à cette surconsommation. Du côté des pouvoir publics qui doivent agir et imposer des changements drastiques pour corriger la trajectoire dangereuse de notre civilisation. Mais surtout du côté des industriels, qui doivent modifier à grande échelle leur manière de produire, de vendre, de communiquer et qui doivent agir en conséquence.

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